Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 17:36

Chère Louise,

Chers Jacqueline et Michel,

Chers Edgard et Béatrice,

Chers Lucien et Simon,

Chers Clément et Corisande,

Mesdames les sénatrices, chères Eliane et Nicole,

Monsieur le secrétaire National du PCF, cher Pierre,

Monsieur le Directeur de l'humanité et Député Européen, Cher Patrick,

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames et messieurs,

Chers amis et camarades,

 

 

Jean nous avait alertés le matin même des obsèques de Paulette. Il n’aurait pas la force de vivre sans la femme qu’il a profondément aimée. Ensemble et tout au long de leur vie ils ont partagé de grands moments de bonheur avec leurs enfants Jacqueline et Edgard, puis avec leurs petits enfants Clément, Lucien et Simon, leurs proches Béatrice, Corisande et Michel. Ils se sont aussi construits une vie  commune d’engagements politiques très forts au service du progrès humain.

 

Lorsque Jean, accompagné de Paulette, vient habiter la Seine-Saint-Denis, il a déjà un long parcours de militant et de dirigeant du Parti Communiste Français. Ouvrier tourneur, issu d’une famille nombreuse qui a fuit la misère du sud de l’Espagne, il choisit le chemin révolutionnaire dans le prolongement des actions internationales de son frère Antoine durant la guerre d’Espagne.

 

En 1944, il adhère à l’Union de la Jeunesse Républicaine de France qui fort de ses 250 000 adhérents en 1945, est sans doute le plus grand groupe politique de jeunesse de l'Histoire de France. Puis il adhère en avril 1945 au PCF. Rapidement il accèdera à d’importantes responsabilités au sein de la Fédération de l’UJRF des Bouches du Rhône. Il anima d’importantes luttes contre les guerres coloniales. Il pris, entre autre, la parole lors de la manifestation sur la Canebière afin de s’opposer au départ de paquebot Pasteur chargé de renforts militaires à destination de l’Indochine. La notoriété acquise lui valu d’être proposé sur la liste municipale du Parti à Marseille dont il fût un jeune conseiller municipal dès 1947 au coté de Jean Cristofol seul et bref maire communiste de Marseille.

 

Il ne me revient pas ici de retracer toute la vie militante de Jean. Toutefois, si j’ai souhaité évoqué, en quelques mots, trop courts,  les combats de Jean dès sa jeunesse c’est pour rappeler la force et la détermination qui ont guidé toute sa vie de communiste. Du simple adhérent au responsable politique qu’il a été très tôt.

 

Son arrivée en 1957 dans le département de la Seine, à Drancy – ville qu’il ne quittera jamais -  est liée aux responsabilités qui lui seront confiées par le secrétariat national du Parti comme délégué français auprès de la Fédération Mondiale de la Jeunesse Démocratique.

 

Tout au long de sa vie il restera sensible à la cause des peuples martyrs. Il fût un digne passeur des idéaux des 21 étrangers figurant comme terroristes sur l’affiche rouge et martyrisés par les nazis. La fraternité humaine toujours chevillée au cœur et au corps à l’égard de l’autre, cet étranger qu’il était lui même pour une part.

 

C’est sans doute pour cela que Jean était chez lui en Seine-Saint-Denis comme à Marseille, sur ces terres ouvrières et d’immigration.

 

Dix ans durant, les communistes lui ont confié le mandat de premier secrétaire de la Fédération du PCF en Seine-Saint-Denis dont la création administrative date de 1964. Ainsi dans la continuité de Lucien Mathé, il a, de 1969 à 1979, puissamment agit pour que l’influence communiste serve la classe ouvrière et le développement de notre territoire. Ainsi cette période marquée par ce qu’on a appelé « le communisme municipal » offre services et activités de qualité aux familles modestes des quartiers populaires. C’est en 1968 que la Fédération du Parti Communiste Français de Seine-Saint-Denis est inaugurée au même moment où, le Conseil Général, présidé par Georges Valbon, fait l’apprentissage de son autonomie par rapport à l’Etat et que ses premières orientations politiques se traduisent de façon volontariste sur le terrain du progrès humain.

 

Sous son impulsion c’est la Gauche qui s’installe durablement dans notre département. Son sens du dialogue et de l’initiative politique le conduit à innover dans les formes de rassemblement, en favorisant pour la première fois, l’ouverture des listes communistes aux municipales 1977 au courant socialiste. Le caractère offensif et conquérant qui l’animait trouvera sa concrétisation avec le gain des villes de Sevran, Villepinte, Noisy le Grand, Neuilly-Plaisance, Neuilly sur Marne et Gagny dont il fût conseiller municipal. Plus même, en 1978, tous les sièges de députés seront conquis par les communistes. Cette dynamique contribuera à la victoire de 1981.

 

Une attention persévérante à la place de la jeunesse le conduira à proposer la création de conseillers municipaux de la jeunesse. C’est ainsi que notre camarade et ami trop rapidement disparu, Bernard Birsinger, fît son entrée pour la première fois au conseil municipal de Bobigny en 1977.

 

Il a été également un ardent défenseur de la promotion des femmes afin que celles-ci accèdent au plus haut niveau des responsabilités politiques, prolongeant ainsi le combat pour l’égalité femmes-hommes depuis toujours défendu par les communistes. C’est vrai au sein des instances dirigeantes du Parti comme dans les institutions. C’est ainsi que plusieurs femmes Muguette Jacquaint, Marie Thérèse Goutman, Josiane Andros entre autres deviendront maires de plusieurs villes ou parlementaires de notre département.

 

Mais Jean est toujours resté lucide. Il combattra avec la plus vive détermination celles et ceux qui considéraient ces conquêtes acquises à jamais. Bien avant d’autres, il a perçu les risques potentiels d’être trop sûr de soi. La pertinence ou l’impertinence anticipatrice de sa contribution au XXIIIe congrès sur la réalité discutable de l’idée de bastion rouge en Seine-Saint-Denis fît évènement. S’il pensait comme Pablo Neruda que « Le Printemps est inexorable » il écrivait aussi dans cette contribution « Rien n’est gagné une fois pour toutes ». Permettez-moi de le citer à la tribune du Congrès :  « Ainsi ce n’est pas la quantité d’activité des communistes qui est en cause… il s’agit d’engager tous les communistes et pas seulement une seule avant garde…les cellules devraient être les centres réels d’élaboration et d’application de notre politique » et enfin plus loin « …être à la hauteur des exigences signifie aussi mieux prendre en compte les problèmes écologiques, ceux des femmes, de la jeunesse, porter une attention accrue à la vie associative être présent à l’entreprise lieu principal de la lutte des classes. » On le voit, ces quelques citations pointent encore nombre des problématiques de notre département  et de notre pays aujourd’hui.

 

Jean aimait écrire. Je sais que cette activité lui a terriblement manquée ces dernières années. Son petit fils Clément se mettait à sa disposition pour noter ses réflexions dont il souhaitait encore laisser une trace durable. Ces abondants écrits, déposés au moment où j’étais en responsabilité au Conseil général et conservés aux archives départementales, témoignent de son intense activité politique. Il avait tenu à participer lui-même au choix et au classement de ses cahiers de notes, de ses brouillons de prises de parole, à ses notes griffonnées en comité régional ou fédéral du Parti communiste français, ou encore à ces tracts, badges, affiches ou articles de journaux qu’il avait conservés précieusement.

 

Journaliste dès sa jeunesse à Provence Nouvelle il fût également directeur de l’hebdomadaire 93 actualités. Ce journal populaire qui avec ses diverses éditions locales nous manque tant pour mener le combat idéologique d’aujourd’hui.

 

Jusqu’au bout, Jean est resté mobilisé par la politique, les prises de positions de son parti, les combats mené au Parlement et tout particulièrement au Sénat. Il avait dit à Eliane, notre sénatrice, sa joie de voir le Sénat passer pour la première fois à gauche en septembre dernier lui qui y a siégé durant 18 ans et se félicitait du vote, enfin majoritaire, en faveur du droit de vote des étrangers.

 

Il se tenait régulièrement informé de la vie de la fédération n’hésitant pas à apporter son coup de main pour que les communistes puissent déployer leur activité. Ainsi ces derniers mois il avait accepté de répondre à notre sollicitation financière pour que la Fédération puisse éditer un matériel exprimant notre solidarité au peuple Palestinien suite à la nouvelle agression que lui faisait subir l’Etat d’Israël.

 

Jean, je me souviens également de ta dernière visite à la fête de l’Humanité. Ce journal qui est resté le tien toute ta vie. Diminué par les épreuves de la vie, tu circulais sur ton fauteuil roulant avec bonheur dans les allées, accompagné d’Edgard, Jacqueline ou Clément, visitant les stands du village de la Seine-Saint-Denis.

 

Jean, ta sœur Louise éloignée de nous en cet instant, tes enfants, tes petits enfants et leurs proches sont fiers de toi, de l’amour et l’affection bienveillants que tu leur as témoigné avec Paulette, permettant à chacune et chacun d‘entre eux de devenir par leur libre cheminement de nouveaux passeurs de combats émancipateurs.

 

Je sais par expérience, que la tâche de secrétaire départemental est tout à la fois exaltante mais ô combien difficile par ailleurs. Au regard de ton action nous restons humbles et fiers. Oui Jean, saches que les communistes sont fiers des luttes et des combats que tu as mené en faveur de la dignité des femmes et des hommes les plus déshérités, ici et ailleurs. Fiers de tes  engagements aux côtés de la classe ouvrière si méprisée encore aujourd’hui. Fiers de continuer porter avec énergie les valeurs d’une Seine-Saint-Denis belle et rebelle, ouverte sur le monde.

 

Nous garderons de toi ta capacité à œuvrer aux rassemblements les plus larges pour que la Gauche réponde aux aspirations du plus grand nombre et à l’intérêt du pays. Cette force de conviction pour ne jamais se satisfaire des avancées conquises. Tes valeurs humaines et progressistes pour un nouveau monde de paix et d’épanouissement.

 

Tes combats nous inspirent toujours, toi qui, comme Pablo Neruda que je cite encore, croyais « que la route passait par l’homme et que de là devait déboucher le destin ».

 

Je t’adresse au nom des communistes un fraternel adieu.

 

Adieu Jean, notre ami, notre camarade

Par Hervé Bramy
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés