Le PCF 93 lance une grande campagne pour le logement

Publié le par Hervé Bramy

A l’occasion de la convocation des sept maires de Seine Saint-Denis qui ont pris des arrêtés anti-expulsions, j'ai présenté avec Catherine Peyge, maire de Bobigny, Carine Juste maire de Villetanuese, Didier Mignot, maire du Blanc-Mesnil et Michel Beaumalen maire de Stain, la campagne d’affiche et de pétition de la Fédération du PCF 93.

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Voici mon intervention :

 

 

Je souhaite tout d’abord saluer la présence et l’initiative des 8 maires ici présents, signataires dans leurs communes respectives d’arrêtés anti-expulsion. Ils témoignent d’un engagement rare et fort sur la question du logement. Question qui, depuis plusieurs années, tend à s’effacer du discours politique, particulièrement au niveau de l’Etat qui en a pourtant la compétence première.

Je tiens vivement, au nom du Parti Communiste Français, à les en remercier.

Comme vous le savez, le territoire de la Seine-Saint-Denis à l’instar d’autres départements fortement urbanisés, est en première ligne face à cette crise contemporaine majeure.

Jamais, depuis l’hiver 1954, notre pays n’a connu une aussi grande pénurie de logements. Jamais autant de familles n’ont du sacrifier une part aussi importante de leurs revenus pour accéder au logement, souvent au détriment d’autres besoins élémentaires. Jamais, enfin, autant de truands, ces fameux marchands de sommeil ne se sont autant enrichis sur le dos de la misère humaine.

Cette situation est d’une gravité sans précédent. A l’injustice répond l’intolérable de voir tant de familles, dans les permanences d’élus, plongées dans le désarroi le plus complet sans qu’aucune solution ne puisse leur être apportée.

Et pourtant, un certain nombre de personnes ne semblent pas offusquées par ce constat, trop heureuses de pouvoir spéculer sur ce bien devenu rare (...). Je veux bien entendu parler des biens immobiliers.

Il ne semble pas non plus déranger ces maires hors-la-loi qui refusent de construire du logement social sur leur commune au prix d’une amende dérisoire. Leur « pas de ça chez moi » est inacceptable dans notre République. Pour ces maires, l’inéligibilité doit être la règle !

Permettez-moi quelques chiffres pour éclairer mon propos : depuis 10 ans, la dépense liée au logement a explosé de plus de 60% quand les salaires, sur la même période, n’ont progressé que de 29%. Aujourd’hui les ménages sont contraints à consacrer en moyenne 40% de leur revenus pour garantir ce droit fondamental, inscrit dans la Constitution, soit l’équivalent de près de la moitié de leur force de travail. Plus d’un million de chômeurs vont prochainement arriver en fin de droit et l’explosion du chômage va accentuer la baisse du pouvoir d’achat des ménages.

La crise, nous le savons tous, n’a pas dit son dernier mot : ce sont plusieurs centaines de milliers de familles qui vont se retrouver dans des situations de totale précarité. Pour ces familles, le loyer est d’ores et déjà devenu une charge insoutenable.

Sur ce terrible constat, le gouvernement tend à prendre la question d’une manière ubuesque. Ce serait, nous dit-on,  l’horizon radieux du « Tous Propriétaire », l’endettement infini des ménages et la mise en concurrence des locataires qui résorberaient ce fléau.

Chacun sait ici les dangers  de la loi Boutin : à un bout le raccourcissement des délais d’expulsion pour les plus fragilisés, à l’autre, le départ forcé de salariés qui ne peuvent payer le « loyer de solidarité ». En fin de compte c’est le risque du glissement vers la formation de ghettos. En bref, lorsque le gouvernement évoque le logement social, c’est uniquement pour en saper les fondements, rogner le droit des locataires et organiser sa vente à la découpe ; bref organiser sa mise à mort.

Faut-il que ce gouvernement soit à ce point sourd pour qu’il ne puisse entendre les cris d’alarme poussés par tous les acteurs du logement depuis tant d’années?

Je ne leur conseillerais que trop d’aller jeter un œil sur la dernière édition du rapport de la Fondation Abbé Pierre qui pointe, non seulement l’irresponsabilité des orientations fixées par L’Etat sur cette question mais aussi les retards considérables pris par les politiques publiques en direction du logement. De l’avis de tous les acteurs du logement, c’est l’urgence qu’il faut décréter en la matière. 

Ce sont aujourd’hui près de 180 000 logements sociaux à loyer abordable qu’il faudrait construire chaque année. Mais cela,  nous le savons tous, forcerait l’Etat à rompre avec les politiques libérales en réhabilitant, notamment, l’aide à la pierre dans le secteur locatif public qui permit à notre pays d’éradiquer, il y a cinquante ans, les bidonvilles que nous voyons aujourd’hui réapparaître aux abords de Paris. Ce plan d’urgence créerait, chose non négligeable dans le marasme économique actuel, la bagatelle de plusieurs dizaines de milliers d’emplois.

C’est bien une question de choix politique dont il est question. Nous savons que le logement social, son identité, son imperméabilité aux logiques du marché est une vérole dans la France rêvée de Monsieur Sarkozy.

Le Président de la République a beau chanter que « nous devons tout faire pour que les victimes de la crise ne deviennent pas des exclus », la réalité est toute autre. Que penser d’un gouvernement qui de la main droite fait voter une loi sur le droit au logement opposable (DALO) et de la main gauche ordonne l’expulsion de dizaines de milliers de familles chaque année ? C’est le comble de l’hypocrisie ! Sans un service public national du logement, adossé aux collectivités, promettre un droit au logement opposable reste et restera une vaste mystification.

Face à ces attaques répétées et ces discours démagogiques, il est urgent que les partis de gauche s’assemblent pour défendre becs et ongles le logement social et pour qu’enfin le droit au logement soit effectivement reconnu dans notre pays.

Permettez-moi un mot sur l’objet qui nous rassemble aujourd’hui et qui pourra, je pense, être un point d’appui et de convergence des luttes que nous menons pour le droit au logement. Je veux parler, vous l’aurez compris, de la pratique barbare des expulsions locatives.

Nous ne le dirons jamais assez : les expulsions locatives sont une entorse fondamentale au droit au logement, une hérésie sociale, humaine et économique

Sociale car des familles n’ayant pu faire face à leur charges locatives, du fait de la crise et de la précarité qu’elles subissent, sont ainsi jetées à la rue sans aucune proposition de relogement et seulement deux ou trois jours d’hébergement en hôtel d’urgence.

Humaine car des enfants, souvent en bas âge, se retrouvent à la rue en toute fragilité, exposés à de graves problèmes sanitaires et dans l’incapacité de répondre à leurs obligations scolaires.

Hérésie économique car les nuitées d’hôtel ou dans un centre d’hébergement coûtent bien plus chères qu’un maintien dans les lieux, sans parler de la prise en charge des enfants. L’argent ainsi dépensé à perte devrait être réorienté vers une sécurité sociale du logement, vers la construction de logements sociaux partout en France.

Aujourd’hui, de nombreux maires de France dont les 7 ici présents, refusent ces pratiques sur leur territoire en signant des arrêtés contre les expulsions locatives. Ces arrêtés sont systématiquement et inlassablement cassés par le Préfet qui continue à ordonner les expulsions au nom du seul droit de propriété.

Ces pratiques sont indignes de notre pays. Pour arrêter cela, c’est un moratoire sur les expulsions locatives et le gel des loyers dont il y a besoin. Ce sont les arrêtés anti-expulsions pris par les maires qu’il faut faire appliquer.

Dans de nombreuses villes se sont formés des collectifs anti-expulsions en contact avec les familles et prêts à intervenir lors des Concours de la Force Publique. Les arrêtés pris par les maires sont des points d’appui politiques précieux pour leur juste combat.

Je suis persuadé que nous pouvons fédérer nos efforts, nous tous défenseurs du droit au logement, en particulier sur cette question précise et symptomatique des expulsions locatives en soutenant notamment nos maires lors des audiences du tribunal administratif.

Face à l’inertie du gouvernement, il est plus que temps que tous les partis de gauche installent durablement la question du logement dans le débat public. C’est l’objectif que se fixe le Parti Communiste Français en Seine-Saint-Denis en lançant dès aujourd’hui une campagne d’information et de communication sur les grands enjeux du logement, assortie de plusieurs propositions fortes élaborés par les Etats Généraux du Logement tenus il y a quelques mois à Ivry-sur-Seine. Je tiens à votre disposition le matériel de cette campagne.

Le point d’orgue de cette mobilisation seront les Etats Généraux de Logement en Seine Saint-Denis que le Parti Communiste et l’Association des Elus Communistes et républicains organiseront en automne avec leurs partenaires et auxquels vous êtes bien évidemment tous conviés.

La reprise des expulsions locatives doit être l’occasion de fédérer nos efforts pour mener le combat du droit au logement.

Non, le logement n’est pas une question annexe, c’est une question centrale de la dignité humaine et du droit des personnes.

Je vous donne rendez-vous à la fête de l’Humanité, en septembre prochain pour évaluer le chemin parcouru durant l’été.

 

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