Lettre à François HOLLANDE sur PSA Aulnay et l'emploi en SSD

Publié le par Hervé Bramy

 

 

 

lettreHB-Hollande

 

 

 

Monsieur le Président de la République,

 

          La Seine-Saint-Denis est régulièrement présentée comme une terre d’avenir. Il est vrai que ce territoire recèle d’immenses potentiels de développement, une richesse humaine incomparable et de réelles capacités à relever les défis de notre temps. Pourtant l’annonce de plusieurs plans sociaux Presstalis-Bobigny, Air France-Roissy, Sanofi-Romainville, Rotos 93- Blanc Mesnil, Banque de France-Saint-Denis, hôpitaux et surtout PSA Aulnay vient nuire à cette ambition.  Ainsi ce sont 15000 disparitions d’emplois, directs et indirects, envisagées dans un département qui compte déjà le plus grand nombre de chômeurs de l’Île de France. Vous le savez, une grande partie de la population de la Seine-Saint-Denis est depuis longtemps déjà en souffrance sociale tandis que nos collectivités locales, confrontées aux contraintes de l’austérité budgétaire, ne parviennent plus à remplir correctement leurs missions de cohésion sociale et de service public.

 

          Cette situation est bien plus préoccupante qu’une « banale » chronique quotidienne de faits sociaux et économiques. Le projet de fermeture de l’usine PSA a provoqué la stupeur chez les 3300 salariés comme dans l’ensemble de la population. Ce qui se joue dans notre département c’est le présent et l’avenir de milliers de femmes, d’hommes, de familles entières. Bien sûr, la responsabilité de ce drame social en incombe en tout premier lieu aux patrons et aux actionnaires de ces entreprises ; mais soyons clairs, l’action publique ne peut se résumer à un accompagnement des salariés de PSA vers d’autres sites de production. Elle doit tout mettre en œuvre pour leur permettre de conserver leur travail sur le site d’Aulnay. Chaque emploi industriel conservé génère trois emplois indirects supplémentaires. Sans industrie pas d’avenir.  Oui, « La Seine-Saint-Denis, c’est aussi l’industrie ! »

 

          Comme vous l’aviez indiqué à Villepinte en février dernier, notre pays souffre d’un mal : la finance. La logique à l’œuvre, celle d’une économie financiarisée qui ignore et méprise les conséquences sociales, industrielles, écologiques et humaines  doit être combattue. La finance est notre ennemi commun. Ce système considère les salariés comme une variable d’ajustement des profits. Les licenciements servent à amortir les erreurs de gestion des dirigeants d’entreprises - comme le pointe le rapport Sartorius sur PSA- ou à enrichir encore plus les actionnaires, comme l’illustre le cas de Sanofi. Cette mécanique infernale est aujourd’hui devenue insoutenable !

 

 

          Dans ce contexte, il y a urgence à redonner la primauté à l’action politique, qui n’est en rien condamnée à l’impuissance. Car, PSA ne souffre pas de trop de salariés, d’une surproduction automobile, de salaires trop élevés, ou d’autres inepties de la sorte, mais d’un problème financier, passager, lié au remboursement de 6,54 milliards d’euros de crédits d’ici 2016. PSA a réalisé ces emprunts pour financer le développement international de ses activités. Or, parallèlement, entre 1999 et 2011, PSA a gaspillé 6 milliards d’euros de ses bénéfices : 2,8 milliards dans des dividendes versés aux actionnaires et 3,2 milliards dilapidés dans des rachats stériles de ses propres actions. Le mauvais usage des bénéfices du groupe et son endettement son liés. PSA a fait le choix du capital au détriment de celui du travail et du développement de son outil industriel ! Aujourd’hui l’Etat apporte sa garantie à la banque PSA. A nos yeux  la seule garantie qui vaille c’est de maintenir les sites de production et les emplois.

 

          Il est encore possible d’inverser les choses. La C3 est la voiture la plus vendue du groupe PSA et le restera longtemps. Il est possible d’exiger le maintien de sa production au moins jusqu’en 2016. Les spécialistes annoncent une reprise du marché automobile en 2015, ce délai permettra, après la fin de la C3, de confier au site d’Aulnay, la production d’un nouveau véhicule. Pour cela il faut décider, tout de suite, un moratoire sur les licenciements, pour empêcher la destruction de l’outil industriel d’Aulnay et permettre aux salariés et à leurs organisations syndicales de formuler des propositions avec le soutien du ministère du Redressement Productif et des collectivités locales.

 

 

          Parallèlement, des conditions nouvelles de financement des investissements productifs doivent être créées sur la base de critères sociaux, économiques et environnementaux stricts et sous contrôle permanent de la puissance publique.

 

          Enfin, il faut légiférer en urgence, comme le proposent les parlementaires du Front de Gauche pour donner des droits nouveaux aux salariés. Les erreurs de la direction de PSA, entre autre, montrent l’urgence d’instituer un droit d’information et d’intervention des salariés sur la stratégie de leurs entreprises. Ces droits nouveaux vont de paire avec une législation interdisant les licenciements boursiers, dans les entreprises qui réalisent des bénéfices. En février dernier, la proposition de loi des sénateurs du Front de gauche tendant à interdire les licenciements boursiers a recueilli une quasi majorité. Elle est aujourd’hui déposée dans les mêmes termes à l’Assemblée nationale. Une très large majorité de gauche peut maintenant la ratifier.

 

 

                La droite et le Medef mènent aujourd’hui une bataille de grande ampleur pour empêcher tout changement en France et en Europe. Face à cette offensive ultralibérale, il faut opposer une volonté politique farouche incarnée par des mesures courageuses pour répondre aux exigences populaires. C’est en rassemblant largement notre population que nous voulons contribuer à cet objectif.

 

          Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, en l’expression de mes salutations distinguées.

                               

 

          Hervé Bramy

Publié dans Seine-Saint-Denis

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