Pour une organisation mondiale de l'environnement dégagée du libéralisme

Publié le par Hervé Bramy

 

Contribution parue dans l'Humanité, samedi 10 avril 2010 

Huma10avril2010Le mouvement de mobilisation (ONG, collectivités territoriales, forces sociales et politiques progressistes) lors du sommet de Copenhague a largement contribué à l’émergence d’une conscience citoyenne mondiale sur les enjeux du réchauffement climatique.

 

Ainsi deux idées ont cheminé jusqu’à perturber le bal des négociations étatiques. L’une est que l’urgence climatique  ne peut se concevoir sans justice sociale si on ne veut pas accroître les inégalités individuelles, collectives et territoriales. L’autre est relative à l’absence de volonté politique pour accorder à cet enjeu déterminant pour la survie de la planète les moyens financiers nécessaires. Puisque qu’en temps de crise on a sauvé les banques alors rien ne s’oppose à ce que l’on sauve le climat.

 

L’échec relatif du sommet de Copenhague réside dans l’incapacité des états à construire un accord juridiquement contraignant qui fasse que chaque pays s’engage de façon utile et équitable. Cette exigence reste pleinement d’actualité. La création d’un corpus de droit environnemental à l’échelle du monde ne peut s’envisager que dans un cadre concerté permanent mondial. Les communistes sont favorables à la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement (OME) sous l’égide de l’ONU.

 

Plusieurs raisons militent en sa faveur.

 

Les enjeux globaux et multiples du réchauffement climatique montrent à quel niveau d’interdépendance nous sommes parvenus dans le monde actuel. Il n’y a donc pas de salut possible sans ce cadre de dialogue international en lien avec l’action des peuples.

 

On l’a vu avec Kyoto la bonne volonté de quelques états ne peut suffire à résorber l’ampleur de la crise écologique surtout lorsque celle-ci s’inscrit dans la création d’un marché des droits à polluer. Si le processus engagé depuis Rio a produit de premiers résultats ils sont bien en deçà des nécessités. Toutes les régions du monde sont concernées c’est à cette échelle que la solution est envisageable.

 

Pour y parvenir l’intérêt général doit être supérieur à toute autre considération et doit trouver à s’exprimer dans un droit international environnemental qui tienne compte de considérations diverses dont celle qui allie l’efficacité écologique au principe du droit au développement de chaque nation. Tant que la dette écologique des pays industriels à l’égard des pays en développement sera niée alors toute avancée semble hypothétique.

 

Par ailleurs, on connaît les limites réelles de l’intervention des institutions internationales face à la domination de l’idéologie libérale. L’ONU, elle-même, en a fait les frais récemment alors qu’elle cherchait à se réformer. La pente inquiétante qu’elle a empruntée depuis lors en contractualisant des relations avec les multinationales est sans issue.

 

Soyons clairs, sans remise en cause du capitalisme financier, de la domination du dollar -et son remplacement à terme par une monnaie commune-, des objectifs de l’OMC, des règles actuelles du FMI qui démantèlent partout les services publics gages d’accès aux biens publics, le chemin reste très difficile.

 

En France, N. Sarkozy abandonne l’injuste et inefficace taxe carbone dans l’attente d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe : c’est l’illusion du protectionnisme vert qui vise essentiellement les pays émergents comme la Chine et non les multinationales responsables des émissions. Pour amortir ce nouvel impôt les pays visés pèseront sur l’emploi, les salaires et les acquis sociaux. Ce serait une accentuation du dumping social sans garantie aucune de la moindre baisse de création de carbone par l’absence de réelles mesures d’adaptation des modes de production. Nous proposons de prélever  chaque année 2% sur les dépenses militaires afin d’alimenter un Fonds mondial auprès de l’ONU géré par l’OME pour contribuer à un nouveau développement social humain. Le crédit, bien public, doit être délivré aux entreprises sur critères sociaux et environnementaux et des droits nouveaux doivent être reconnus aux salariés pour promouvoir des technologies non polluantes.

 

Face à ces enjeux l’opinion publique doit agir afin que demain l’OME puisse jouer son rôle de dépassement des intérêts particuliers et stratégies des puissances qui dominent les relations internationales.

 

Hervé BRAMY

Responsable national à l’écologie du PCF

Conseiller général de Seine-Saint-Denis


 

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